Gustave Miklos

Monographie, vol.1
Un Grand oeuvre caché



Génial sculpteur de l'Art Déco, grande figure de l'avant-garde artistique du XXe siècle, Gustave Miklos (1888-1967) a aussi - fait ignoré - révolutionné l'univers du livre illustré et de la reliure.

Miklos n'a pas encore gagné la place qu'il mérite dans l'histoire de l'art. Un destin interrompu par deux guerres et une crise économique dans l'intervalle, et qui pâtit aussi de la discrétion de l'artiste solitaire soucieux avant tout de perfection et d'idéal.

Venu de sa Hongrie natale à Paris, en 1909, c'est comme peintre qu'il intègre la bohème de Montparnasse et du Quartier latin, avec ses amis Joseph Csaky et Lambert-Rucki. Participant pleinement à l'aventure cubiste, Miklos est l'élève de Henri Le Fauconnier et de Jean Metzinger. Pendant la Première Guerre, il est affecté à l'Armée d'Orient qui le mène de Bizerte à Salonique. Il y découvre une palette d'intenses couleurs et des richesses ornementales inconnues qui vont influencer désormais toutes ses créations.

Dès son retour, il doit repartir à zéro et va connaî;tre une ascension fulgurante consacrée par deux expositions prestigieuses à Paris, d'abord en 1923, à la galerie L'Effort Moderne, " l'antre du cubisme" tenu par Léonce Rosenberg, puis en 1928, à la galerie de La Renaissance, rue Royale.

" J'ai été un des premiers à goûter le charme de votre modernisme byzantin", écrit Jacques Doucet, le grand couturier et mécène, dans le catalogue de l'exposition de 1928. Doucet avait découvert, avant tout le monde, le génie de Miklos, lui passant commande d'objets, de sculptures et de la décoration de son fameux studio Saint-James à Neuilly.

La période d'immédiat après-guerre a été marquée, pour Miklos, de rencontres déterminantes, parmi lesquelles celle du décorateur Pierre Legrain et du graveur-éditeur François-Louis Schmied, connu pour ses éditions les plus somptueuses de l'Art Déco.

Pour la conception de ses livres dans leur intégralité : des illustrations à l'ornementation, de la mise en page aux reliures, Schmied s'est appuyé sur la collaboration anonyme de Miklos.

D'autres artistes, voisins d'atelier, tels Jean Dunand et Jean Goulden, ont également bénéficié de contributions cachées de Miklos.

Tous ces travaux, révélateurs d'un style typiquement miklosien, connus exclusivement sous d'autres signatures que celle de leur véritable créateur, font l'objet du premier volume de notre monographie - accompagnée de la biographie complète de l'artiste : Gustave Miklos. Un Grand oeuvre caché. Livres, reliures, graphismes.

C'est à l'heure où il s'enchaîne aux productions d'éditeur Schmied pour pouvoir en vivre et aider sa famille hongroise, que Miklos cesse de peindre et sa création personnelle va alors s'épanouir dans la sculpture.

Initiateur méconnu et inspirateur du style Art Déco, il fait partie, en 1929, des fondateurs de l'Union des Artistes Modernes, au côté de Robert Mallet-Stevens et des plus grands architectes et décorateurs de son temps.

La crise économique rattrape les milieux bibliophiliques et artistiques, tardivement mais durablement, au milieu des années 30.

La fin de la décennie voit le monde s'embraser à nouveau. En 1940, Gustave Miklos est envoyé à Oyonnax, pour enseigner le dessin d'art à l'école Nationale Professionnelle. Exil involontaire, semé de déceptions, qui l'éloigne pour toujours de son atelier parisien et du marché de l'art.

Dans la sculpture, la peinture et le " design ", Miklos laisse des créations hors du commun. Les analyses et catalogues raisonnés de ses oeuvres dans ces diverses disciplines sont présentés dans notre second volume (à paraître à l'automne 2013).

Célébré par quelques collectionneurs avertis, Gustave Miklos demeure injustement méconnu d'un public plus large qui n'a jamais disposé jusqu'à ce jour d'une telle étude consacrée à l'artiste.